Aller au contenu principal
les re.co
  • Accueil
  • Découvrir
    • Le réemploi numérique solidaire
    • Les communs
    • Le collectif
  • Le labo des inno
    • Catalogue des inno
  • S'outiller se former
    • Sensibiliser au réemploi numérique solidaire
    • Structurer sa filière de réemploi numérique
    • Espace Reconditionneurs
  • S'inspirer
    • Actualités
    • Événements
    • Bibliothèque participative
    • Les initiatives
    • Tour de France Réparer le numérique
    • La note aux décideurs
  • Support
    • Charte et mode d'emploi
    • Glossaire

Rechercher
  • Tableau de bord
  • Documentation
  • Gestion du site
  • Mes contenus
  • Formulaires
Se connecter

Se connecter

Mot de passe perdu ?

S'inscrire
les re.co
  • Formulaires
  • Rechercher
  • Saisir
  • Listes
  • Importer
  • Exporter
csm_barometrenumeriqueedition2025_COUV_2c995382ab.png
Date  27.03.2025

Baromètre du numérique 2025 : le résumé

Résumé L’Arcep, le Conseil général de l’économie, l’Arcom et l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) publient les résultats du Baromètre du numérique, une étude annuelle réalisée en 2024 par le CREDOC[1] sur la diffusion des équipements numériques et l’évolution de leurs usages.
Billet

La quasi-totalité des 12 ans et plus sont connectés


Les équipements numériques sont largement adoptés et continuent de se diffuser au sein de la population. En 2024, 98 % des 12 ans et plus sont équipés d’un téléphone mobile (+4 points en un an). En particulier, le smartphone, déjà massivement adopté, s’impose comme un équipement incontournable : 91 % des 12 ans et plus en possède un, tout comme les ordinateurs, détenus par 89 % de la population. L’équipement en enceinte connectée progresse également (33 %, +4 points), et leur taux d’utilisation quotidien est désormais supérieur à celui du téléphone fixe. Les autres objets connectés (santé, sécurité, domotique, électroménager) équipent 40 % des foyers (+3 points). Les services de stockage en ligne, utilisés dans leur version gratuite la plupart du temps, sont quant à eux adoptés par 50 % de la population.

L’accès de plus en plus courant à la fibre optique accompagne ce mouvement. En 2024, 75 % des 12 ans et plus disposant d’une connexion fixe à internet ont recours à un abonnement à la fibre ou au câble (+8 points en un an), alors que le cuivre était encore majoritaire en 2020. Cette part progresse encore significativement, grâce à la forte croissance de la proportion d’abonnés à la fibre dans les communes de moins de 20 000 habitants, qui atteint 69 % en 2024 et se rapproche du taux d’abonnés à la fibre des grandes agglomérations.

Les premiers effets du DMA (Digital Markets Act) deviennent visibles pour les utilisateurs


Alors que le smartphone s’impose comme un outil essentiel, les fabricants de téléphones, les systèmes d’exploitation ou les navigateurs, sont aujourd’hui des acteurs clés dans l’accès libre et ouvert aux contenus et aux services. Le règlement européen sur les marchés numériques (DMA) est entré en vigueur en mars 2024, et vise à garantir l’ouverture des marchés numériques. Parmi ces règles, les systèmes d’exploitation ont par exemple l’obligation de ne plus imposer de logiciels par défaut à leurs utilisateurs. Quatre mois après l’entrée en vigueur de ce règlement, près d’un tiers des détenteurs de smartphones indiquent avoir été invités à changer de navigateurs mobiles ou ont été informés de ces nouvelles dispositions.

Une personne sur deux estime passer trop de temps sur les écrans, une sur cinq « beaucoup trop ».


Interrogées sur le temps passé devant les écrans pour leur usage personnel, près de trois personnes sur quatre indiquent y consacrer plus de 2 heures par jour, et une sur quatre plus de 5 heures. En moyenne ce temps d’écran s’élève à environ 4 heures, soit un quart du temps éveillé. Également interrogés sur leur perception du temps consacré aux écrans, 42 % des répondants estiment y passer trop de temps, et même beaucoup trop pour 19 % d’entre eux. Les plus jeunes se distinguent par un usage plus intensif que le reste de la population, mais aussi par une sensibilité accrue à cette surexposition : 61 % des 18-24 ans y passant plus de 3 heures par jour estiment ce temps excessif, contre 31 % des plus de 70 ans.

L’usage des plateformes numériques dont le modèle économique repose sur la captation de l’attention apparait déterminant dans ce ressenti : les utilisateurs consultant les réseaux sociaux plusieurs fois par jour sont 59 % à estimer leur temps d’écran excessif. A temps d’écran égal, les utilisateurs réguliers des réseaux sont en proportion deux à trois fois plus à estimer y consacrer trop de temps par rapport à ceux ne les consultant jamais.

La disponibilité des données au sein des forfaits mobiles est très nettement supérieure à leur utilisation effective


En effet, la part de détenteurs de forfaits de plus de 100 Go a doublé en quatre ans, passant de 15 à 32 %. Or, les deux tiers des individus ne consomment quasiment jamais la totalité des volumes disponibles. Néanmoins, on observe que la consommation moyenne de données sur les réseaux mobiles (16,5 Go par mois et par carte SIM) continue de progresser, mais moins rapidement : plus de 10 % de croissance en 2024, contre environ +25 % par an entre 2020 et 2023.

Le renouvellement prématuré des smartphones diminue, mais leur réemploi reste faible


En moyenne, chaque foyer dispose d’environ 10 équipements avec écran, dont deux restent inutilisés et pourraient être recyclés ou vendus. Les smartphones en particulier sont conservés après utilisation par plus de la moitié de la population. Toutefois, la durée de détention individuelle des smartphones s’allonge. En 2020, seuls 16 % des répondants conservaient leurs smartphones plus de 3 ans. Ils sont désormais plus d’un quart en 2024 (27 %), soit une hausse de 11 points en quatre ans. Malgré cette tendance, l’achat de téléphones neufs demeure la norme, avec 78 % des smartphones achetés neufs, tandis que 22 % sont achetés d’occasion ou reconditionnés.

Les informations mises à disposition des utilisateurs sur l’empreinte carbone sont connues d’une minorité d’entre eux


Des informations sont mises à disposition des utilisateurs des services mobiles sur l’empreinte carbone de leur consommation de données depuis janvier 2022[2]. Cette mesure est néanmoins connue par une minorité d’entre eux : 40 % en ont connaissance et 28 % la consultent. Parmi ceux qui en ont connaissance, un tiers seulement indique être incités à limiter leur consommation de données grâce à cette information, soit 14 % de l’ensemble des détenteurs de téléphones mobiles.

Source : Arcep
Auteur.ice
  • Nina Danet
Voir la fiche
WhatsApp_Image_nec_ess.jpeg
Date  27.11.2025

Digital reuse: Towards European commons

Résumé During the NEC ESS, Emmaüs Connect and its european partners from the Weee for Solidarity project, opened a discussion on European cooperation in the field of digital reuse.

Objectives of the roundtable


  • Present and give visibility to the project Weee for Solidarity

  • Share the reality of each partner in their national context: how digital reuse is organized and how it contributes (or could contribute) to digital inclusion

  • Open a discussion on European cooperation, commons-based approaches, and the next steps of the project

Here is the report:Weee_for_solidarity__roundtable_NEC_ESS_Paris_2025.pdf (0.3MB)
Billet
  • The participants:

Nina Danet (facilitator):

Peter Wagner: He works as a project manager at Re-Use Austria since 2021 and is generally responsible for several projects, including the WIDADO marketplace and the most transnational projects. In addition, he is responsible for data collection and the visualization of resource savings and the reduction of CO2 emissions through reuse and the circular economy in general. Having been the head of one of the largest social enterprises for reuse in Austria for more than 20 years, he also advises member organizations on change processes in the field of reuse activities.

Berthold Schleich: He is the second managing director of Re-Use Austria, with 35 years of experience in managing national and international projects in the field of waste management and reuse, such as ARGE Abfallvermeidung or as a member of the “Technical Working Group for the EMAS sectoral reference document on the Waste Management Sector” of the Sustainable Production and Consumption Unit of the JRC - Joint Research Centre of the European Commission for several years.

Emma Erwin: Emma works with AERESS: the Spanish Association of Social and Solidarity Economy Recoverers as a Project Officer. Previously, she worked in a similar network in Scotland, Circular Communities Scotland, where she established a network of sharing libraries and community repair projects, and before that managed a community group that delivered circular economy projects.

Cristina Bîcîilă: Cristina Bîcîilă is the General Manager of Workshops Without Borders in Romania, Vice-President of RISE – the Romanian Social Economy Network. She represents RISE at the European level within ENSIE (European Network of Social Integration Enterprises), where she also serves as Vice-President. She is a recognized B Corp Leader, founder of the Better Business Alliance - first B Corp community from Romania. Cristina is deeply committed to advancing social enterprise and inclusive economic development both nationally and across Europe. Cristina is a communication and sustainability expert with solid management expertise in a diverse environment: corporate, entrepreneurship, and nonprofit sector, being involved into different roles with social impact for more than 20 years.

Florin Niculae: Florin Niculae has been Ateliere Fara Frontiere’s Production Director since 2018. He oversees all the technical processes of AFF’s reconditioning workshop, while also ensuring the balance between the production process and the socio-professional integration programme. He manages the team leaders, who directly work with the insertion workers, and sometimes also offers a hand in the workshop. At the end of the working day, you can find him in the disassembling line, where he enjoys relaxing by dismantling some of the IT equipment.
Voir la fiche
LENS_23.06.2025_1.png
Date  16.09.2025

Emmaüs Connect lance le Tour de France pour "réparer le numérique"

Résumé Le Tour de France est une initiative lancée en 2025 par Emmaüs Connect. L’objectif ? Partir à la rencontre des acteurs du réemploi numérique solidaire qui s’engagent pour l’inclusion et qui souhaitent relever le défi des deux millions de personnes équipées d’ici fin 2027. De région en région, d’étape en étape, ce Tour de France doit permettre de mieux se connaître, comprendre comment chacun agit, avec quels outils, quelles organisations, ce qui fonctionne et ce qui bloque.Au fil des rencontres, il s’agit de cartographier les pratiques, faire émerger des complémentarités et imaginer de nouvelles formes de coopération entre structures, territoires et réseaux.
Billet

Une aventure collective pour relier les territoires du réemploi solidaire


le Tour de France “Réparer le numérique” s’organise autour de 14 étapes co-construites avec les acteurs des territoires : Chambres Régionales de l’Économie Sociale et Solidaire, Hubs territoriaux pour un numérique inclusif, réseaux régionaux de reconditionneurs solidaires, ou encore réseaux départementaux de l’ESS.À chaque étape, une demi-journée de mobilisation réunit les acteurs locaux du réemploi numérique engagés dans l’inclusion des personnes éloignées du numérique. Ensemble, ils explorent une question clé :
Comment mieux coopérer entre acteurs qui partagent une même vision et affrontent les mêmes défis ?


Des livrables pour faire vivre la dynamique


Le Tour de France s’inscrit dans une démarche de communs numériques.
À chaque étape, les connaissances produites sont documentées sur le wiki re.co, un espace collaboratif dédié au partage d’outils et de ressources du réemploi solidaire.
Des livrables viendront prolonger le mouvement :
- Un kit de sensibilisation pour les acteurs souhaitant organiser leurs propres actions locales
- Une note aux décideurs, comme manifeste réunissant les premières recommandations collectives
Auteur.ice
  • Nina Danet
  • Camille Bardou
Voir la fiche
Wiki_Arcep.jpeg
Date  05.05.2025

L'Arcep publie son enquête annuelle "Pour un numérique soutenable"

Résumé Conformément à la mission qui lui est confiée par le législateur pour suivre l’impact environnemental du numérique en France, l’Arcep collecte des indicateurs auprès des acteurs du numérique et restitue ces informations dans une publication : l’enquête annuelle « Pour un numérique soutenable ».
Billet Focus sur les équipements extrait du [communiqué]

Equipements de réseaux mobiles : 2,4 tonnes de métaux précieux, 79 000 tonnes équivalent CO2


La phase de fabrication des équipements de réseaux mobiles représente, selon l’étude ADEME-Arcep, une part importante de l’épuisement des métaux et minéraux stratégiques et de l’empreinte carbone au sein du cycle de vie des réseaux.

En 2023, la fabrication des équipements de réseaux d’accès mobiles vendus en France a nécessité 2,4 tonnes de métaux précieux, marquant une diminution pour la deuxième année consécutive. Cette baisse est principalement due à une réduction significative des ventes d'équipements, et non à une modification de la composition des produits. La consommation moyenne de métaux précieux par équipement demeure en effet stable depuis 2021, autour de 17 g.

Les émissions de gaz à effet de serre embarquées correspondent à l’ensemble des émissions carbone tout au long du cycle de vie, hors phase d’usage. Celles des équipements de réseaux d’accès mobiles vendus en France en 2023 s’élèvent à 79 000 tonnes équivalent CO2. Ce chiffre ne tient compte que des équipements vendus en 2023, et n’est donc pas représentatif des émissions de l’ensemble des équipements de réseaux d’accès mobile déployés par les opérateurs mobiles.

Les volumes d'équipements numériques mis sur le marché continuent de diminuer, mais la taille des écrans continue d’augmenter


La baisse des mises sur le marché des équipements numériques en 2023 s’explique par de nombreux facteurs tels qu’une inflation soutenue en 2023, ou encore un taux d’équipements déjà élevé pour certains.

Cette tendance devrait contribuer à réduire l’empreinte environnementale des fabricants. Mais cette réduction pourrait être contrebalancée par plusieurs évolutions du marché. D’une part, l’intégration de nouvelles fonctionnalités avec le développement de l’intelligence artificielle générative pourrait inciter au renouvellement des équipements. D’autre part, la taille des écrans ne cesse d’augmenter, entraînant une hausse de leur impact environnemental. En effet, en phase d’utilisation, les équipements dotés de grands écrans consomment davantage d’électricité : un téléviseur de grande taille consomme en moyenne six fois plus d’électricité qu’un modèle de petite taille, un écran d’ordinateur de grande taille consomme, en moyenne trois fois plus qu’un écran de petite taille.

Pour en savoir + :

Synthèse infographique
Enquête complète Arcep 2025 (90p)



.
Auteur.ice
  • Nina Danet
Voir la fiche
Wiki_obsolescence.png
Date  31.03.2025

L'obsolescence logicielle des smartophones

Résumé Plus de 40% des français vivent avec un smartphone dysfonctionnel, majoritairement pour des raisons d'obsolescence logicielle. C'est le constat de l'étude menée par Télécom Paris, Limites Numériques, l'Université de Toulouse et De Vinci Research Center, parue en mars 2025.
Billet

Informations clés


En 2023, 42% des français vivaient avec un smartphone dysfonctionnel.
Les applications et logiciels sont responsables de 60% des dysfonctionnements rencontrés sur les smartphones.
Parmi tous ces problèmes matériels et logiciels, les plus fréquents sont la batterie usée (28%), le stockage saturé (23%), la lenteur (21%). Les problèmes arrivent tôt : la moitié dans l’année de l’obtention du smartphone, un quart durant la deuxième année. Les personnes cohabitent pendant longtemps avec des problèmes en majorité plutôt ou très gênants. Malgré la gêne, seulement 1 tiers sont résolus, et un autre tiers sont encore présents sur le smartphone plus de 2 ans après leur apparition.Le remplacement est le plus souvent dû à une dégradation progressive de l’appareil, plutôt qu’une casse arrivant d'un seul coup.

Cadre de l’étude


L’empreinte carbone des terminaux est due en majorité à leur fabrication (78%, ADEME-Arcep, 2023), il est donc important de prolonger leur durée de vie. Dans cette étude, [on s'intéresse] en particulier aux smartphones, qui ont une durée de vie faible : on les remplace en moyenne tous les 2 ans et demi en France (Arcep, 2021). Une première étude qualitative (Mosesso et al., 2023) conteste l’idée qu’un smartphone s’arrête de fonctionner d’un coup à cause d’un problème unique. Au contraire, le renouvellement des smartphones est dû à une accumulation de problèmes matériels et logiciels qui dégradent progressivement l’usage de l’appareil.

Faciliter la réparation matérielle ne suffit donc pas pour prolonger leur durée de vie, il faut également prendre en compte l’obsolescence logicielle. Si ce terme désigne souvent les problèmes de mises à jour (Rapport sur l’obsolescence logicielle, 2021), l’étude suggère de l’élargir en prenant en compte la saturation du stockage, la lenteur et les bugs qui joueraient également un rôle important dans le renouvellement des smartphones.

L’objectif de cette seconde étude a été de compléter ces premiers éléments avec des données récoltées sur 1000 personnes représentatives de la population française, pour mieux comprendre :

Combien de personnes vivent avec un smartphone cassé ou dysfonctionnel ?
Quels sont les problèmes rencontrés ?
Pourquoi et comment les personnes cohabitent-elles avec ces problèmes ?
Dans quelle mesure influencent-ils le renouvellement


Résultats


Les résultats de l'étude montrent que 42% des personnes ont des problèmes de fonctionnement avec leur smartphone actuel, pour des appareils de moins de 3 ans en grande majorité. Le problème le plus fréquent est la batterie dégradée (rencontré par 28% des personnes), suivi de la saturation de stockage (23%) et de la lenteur (21%). Les problèmes de mises à jour sont quant à eux rencontrés par 12% des personnes. Les problèmes apparaissent rapidement : la moitié dans l’année d’obtention du smartphone, un quart durant la deuxième année.

Alors que l’accent est souvent mis sur les problèmes matériels : batterie défaillante, écran cassé (Arcep, 2021), [l'étude] met en évidence que la majorité des problèmes rencontrés sont logiciels. L’obsolescence logicielle joue donc un rôle important dans la dégradation des smartphones. Les problèmes matériels, c’est-à-dire que l’on peut résoudre par la maintenance, la réparation ou le remplacement d’un composant (batterie, écran…), représentent 40% des problèmes rencontrés. Le reste des problèmes (60%) sont liés au logiciel : mises à jour, mais aussi stockage saturé[2], bugs et lenteur, fonctionnalités qui ne marchent plus…

Peu de problèmes résolus malgré la gêne :

De manière générale, les personnes cohabitent pendant longtemps avec des problèmes qui les gênent. Les problèmes durent souvent plus de 6 mois (68%), voire plus de 2 ans (36%), même s’ils sont considérés comme plutôt gênants (47%) ou très gênants (35%). On note aussi que les niveaux de gêne des problèmes matériels et logiciels sont similaires.

De plus, la résolution est difficile : les personnes interrogées ont tenté de résoudre seulement 43% des problèmes, et plus de la moitié (58%) des tentatives de résolution échouent. Au total, seulement 1 tiers des problèmes sont résolus. Parmi les personnes qui n’ont pas résolu leurs problèmes, beaucoup gardent leur téléphone dysfonctionnel parce qu’elles veulent le faire durer le plus longtemps possible, et parce que le réparer ou le remplacer coûterait trop cher.

Enfin, au moment où le téléphone précédent a été remplacé, il était complètement inutilisable dans seulement 14,7% des cas. Le remplacement d'un smartphone est ainsi plus souvent motivé par la frustration liée à l'accumulation de dysfonctionnements matériels et logiciels sur l'appareil que par une réelle incapacité d'utilisation.

Implications


Cette étude appelle donc à faciliter la réparation matérielle, mais aussi la résolution des problèmes logiciels en prenant en compte non seulement les mises à jour, mais également la saturation de stockage et la lenteur des terminaux.

Elle permet d’identifier plusieurs leviers d’action, en particulier à destination des concepteurs, développeurs, designers de services numériques :

Mettre en place une garantie logicielle de la part des fabricants de smartphones, et ce sur plusieurs années.
Mettre à disposition des applications plus légères et moins consommatrices de données pour ne pas saturer le stockage, compatibles avec des faibles capacités de calcul pour éviter la lenteur et préserver la batterie.
Faciliter la gestion et le ménage du stockage par des moyens logiciels ou matériels, et rendre intelligible les données produites par les applications.
Ajouter des paramètres qui permettent de contourner les dysfonctionnements et de préserver la batterie.
Faciliter la réparation et la maintenance matérielles et logicielles : étendre le bonus réparation à la résolution de problèmes logiciels, concevoir des équipements et logiciels que l’on puisse réparer et maintenir soi-même.



Source : https://limitesnumeriques.fr/travaux-productions/sondage-obsolescence-smartphones/cp
Découvrir l'étude complète : https://limitesnumeriques.fr/travaux-productions/sondage-obsolescence-smartphones
Auteur.ice
  • Nina Danet
Voir la fiche
Capture_dcran_20251217_123613.png
Date  29.10.2025

Le reconditionnement numérique est-il un vrai projet stratégique ?

Résumé Le 29 octobre, Emmaüs Connect a pris part aux regards croisés "Le reconditionnement numérique est-il un véritable projet stratégique ?", aux côtés de l’Eurométropole de Strasbourg, du Hub du Sud et de la DRANE Grand Est, lors d’un temps animé par la Banque des Territoires.

Au programme : une rétrospective du Tour de France “Réparer le numérique” et des échanges autour des leviers et des freins au développement des boucles locales de reconditionnement numérique solidaire.

"Le reconditionnement informatique est au cœur d’enjeux environnementaux, sociaux et économiques mais les freins au développement de Boucles locales de reconditionnement solidaires (BLRS) restent réels. L’engagement dans ce type de projet soulève des questionnements stratégiques et opérationnels. Ce Regards croisés apporte l’éclairage d’acteurs impliqués à la fois dans des projets concrets de mise en œuvre et dans la mise à disposition de Communs sur le sujet."

Transcription du regards croisés : CR_Regards_Croises_NEC.pdf (0.4MB)
Billet

Ils étaient réunis :

  • Anne Causse - Chargée de mission : Dispositif Conseiller Numérique à la Banque des Territoires

  • Djelali Hedjerassi - Directeur du numérique et des systèmes d'information à l'Eurométropole de Strasbourg

  • Cédric Claquin - Responsable filières de reconditionnement au Hub du Sud et Coordinateur de la démarche InterHubs

  • Jean-Baptiste Clad - Responsable académique du numérique éducatif pour le second degré à La DRANE Grand Est

  • Camille Bardou - Responsable du pôle filières de réemploi solidaires à Emmaüs Connect
Voir la fiche
Nec_Reims_2024.jpeg
Date  31.03.2025

Les communs peuvent-ils réparer le numérique ?

Résumé Une table-ronde sur les tensions entre les logiques de communs et les pratiques commerciales dominantes dans le numérique. Découvrez des pistes d’actions concrètes pour dépasser ces tensions en intégrant les pratiques de communs avec des innovations, des politiques publiques et des changements de comportement favorisant un numérique compatible avec les valeurs de partage, de durabilité et de responsabilité pour construire un nymérique de la réparation. Intervenant·es : Camille Bardou, cheffe de projet national LaCollect.tech chez Emmaüs Connect, Tristan Nitot- OCTO expert du libre et Marguerite Grandjean, directrice d’étude à la Fabrique des Mobilités. Cette table tonde a été enregistrée en décembre 2024, lors du NEC local à Reims.
Billet


Camille Bardou : Bonjour à tous les deux, je suis Camille Bardou, je travaille pour Emmaüs Connect, une association du mouvement Emmaüs qui lutte contre la précarité numérique. J'ai l'honneur d'animer cette table ronde et de clôturer cette journée avec un sujet qui me tient particulièrement à cœur : les communs. J'ai la joie d'être accompagnée aujourd'hui par deux spécialistes du sujet, Marguerite Grandjean et Tristan Nitot. Marguerite, tu es prospectiviste de métier. Tu as travaillé avec et pour de nombreuses organisations, dont le collectif Ouishare. Tu as développé une expertise en matière de nouvelles formes de coopération et de gouvernance et tu travailles aujourd'hui pour la fabrique des mobilités. Tu animes des communautés, tu portes les recherches sur les zones à faible émission mobilité, le numérique en mobilité ou encore les communs numériques de la mobilité.

Tristan, tu es une figure importante du numérique engagé en Europe, fondateur de Mozilla Europe et artisan du succès de Firefox. Tu portes les valeurs d'un Internet libre et ouvert. Tu es, depuis 2023, directeur associé « commun numérique et anthropocène » chez Octo-Technologie. Tu as également participé activement au conseil national du numérique. Tu es membre du comité de prospectives de la CNIL, comité d'experts qui contribue au débat sur l'éthique du numérique. Tu participes également au TAG, la direction technique du W3C, un collectif qui produit les standards du web.

Alors, avant d'entrer dans le vif du sujet, je vous propose de poser une définition. Elle n'est pas de moi et elle est largement acceptée dans le monde des communs : « un commun, c'est une ressource partagée, gérée collectivement par une communauté, selon les règles qu'elle définit elle-même. » Précisons que cette ressource peut être tangible (par exemple un jardin partagé). Elle peut être aussi immatérielle, on va parler de logiciels libres, par exemple. Aussi, ce qui caractérise un commun, c'est qu'il est conçu pour être inclusif, durable, et souvent qu'il échappe à une logique purement marchande. Cette logique des communs, vous le savez certainement, et c'est aussi pour ça qu'on est réunis aujourd'hui, elle est en vogue au sein de la puissance publique ces dernières années, notamment pour répondre à notre triste contexte actuel de transition écologique et sociale indispensable. Est-ce que cela vous va comme définition des communs ?

Tristan Nitot : Oui, c'est celle d'Elinor Ostrom, qui est une valeur sûre, un prix Nobel, tout ça... C'est la référence sur les communs, on ne peut pas se tromper !

Camille Bardou : Alors, pourquoi est-ce que ce sujet me tient à cœur ? Je commence par moi pour ensuite laisser la parole à nos deux invités, mais c'est important pour comprendre comment nous avons construit cette table ronde. En fait, il y a 4 ans, chez Emmaüs Connect, on a lancé lacollecte.tech qui vise à mettre en place sur les territoires des filières pour collecter des équipements numériques, les reconditionner et les distribuer aux personnes en précarité. De fil en aiguille, cette toute première filière qui est née dans les Hauts-de-France il y a 4 ans a fait des petits. Et aujourd'hui, on a 7 filières régionales qui vivent, qui collectent massivement, reconditionnent et distribuent. Nous avons équipé en 4 ans plus de 40 000 personnes. Néanmoins, on estime à peu près à 8 millions le nombre de personnes en France qui n'ont pas accès au numérique, faute d'équipement.

Alors oui, on est super content d'avoir déjà équipé plus de 40 000 personnes, mais comme vous vous en rendez compte, on est très, très, très loin de l'objectif.

Donc ce qu'on s'est dit ces dernières années, c'est que si on veut passer à l'échelle pour lutter contre la fracture numérique et plus spécifiquement pour garantir l'équipement des personnes en précarité, il va falloir vraiment qu'on s'y mette tous ensemble, qu'on forme des collectifs encore plus forts, encore plus soudés, avec des gouvernances solides. Il va aussi falloir qu'on partage des outils, qu'on embarque d'autres acteurs. Qu'on fasse des communs !
Alors aujourd'hui, je vais profiter d'avoir deux experts des communs pour tester trois intuitions que l'on a nourries ces derniers temps au sein d'Emmaüs Connect.

  • La première intuition : c'est que les communs ont un lien étroit avec la réparabilité et qu'ils peuvent permettre de démocratiser les pratiques de réparation, nécessaire au développement de l'économie circulaire des équipements numériques.
  • La deuxième intuition : les communautés ont un rôle fort, et l’animation de celles-ci est essentielle pour prendre soin des ressources dans le temps.
  • La troisième intuition : les communs permettent de dessiner un monde de coopérations plus à même de répondre aux grands défis, notamment climatiques.


Pour se lancer avec la première intuition, je commence par une petite histoire avant de laisser la parole. Vous connaissez peut-être l'histoire de Richard Stallman. Richard et son imprimante. Pour ceux qui ne la connaissent pas, je vous la raconte. Richard Stallman, il a 27 ans, il est programmateur au laboratoire d'intelligence du MIT et il se retrouve face à l'imprimante de son bureau qui bug sur un bourrage papier. Il n'a pas trop de compétences pour la démonter, pour la réparer. Par contre, lui, il est un peu expert dans le code, donc il se dit : « je vais regarder ce qui se passe de ce côté-là ». Sauf que le code, il n'est pas accessible. Ou plutôt, il est illisible.Et c'est là que cette expérience va marquer un tournant pour lui. Ça le convainc de l'importance du partage et de la liberté d'accès au logiciel. Ça jette les bases du mouvement du logiciel libre et des communs numériques. Cette petite histoire, elle est très intéressante, elle est pas mal connue d'ailleurs. Et ce qu'elle nous raconte aussi, c'est qu'on a besoin de pouvoir réparer et de pouvoir avoir accès à tous les outils pour réparer les équipements qui nous entourent. Et un demi siècle plus tard, c'est toujours un sujet. Nous, c'est ce qu'on voit tous les jours dans nos filières. On n'a pas accès aux plans, on ne sait pas comment réparer des équipements qui ne sont eux-mêmes pas conçus pour être réparés. Et en plus de ça, on se dit qu'on adorerait pouvoir permettre aux personnes que l'on équipe de réparer elles-mêmes leurs équipements et d'allonger leur durée de vie, mais c'est très complexe.
Alors, petite question pour vous :
Dans un contexte capitaliste où les informations et les outils nécessaires à la réparation sont souvent verrouillés, quelles-sont les stratégies ou les initiatives qui pourraient renforcer le pouvoir d'agir des citoyens et des acteurs de l'ESS face à ces obstacles ? Et bien sûr, est-ce que les communs numériques ont un rôle à jouer dans tout ça ?


Tristan Nitot : Alors, oui. Oui, évidemment. Je vais peut-être commencer par une anecdote personnelle. Il se trouve qu'il y a quelques années, j'avais un moniteur qui ne s'allumait plus. Et ça m'ennuyait parce que c'était un moniteur qui valait des sous. Je n'avais pas particulièrement envie de racheter un nouveau moniteur, alors que celui-là, jusqu'à la veille, marchait parfaitement. Il y avait une diode devant, et cette diode clignotait régulièrement. Je me suis dit, ce truc essaye de me dire quelque chose. Et je cherche sur Internet. C'était il y a quelques années, à l'époque où Google fonctionnait encore correctement. Et donc, je cherchais, je cherchais. Et puis, à la fin, de fil en aiguille, (puisque j'étais quand même assez motivé, ne serait-ce que par l'argent - enfin, la perspective de faire des économies en ne rachetant pas un nouveau moniteur), je tombe sur une vidéo obscure où il y avait un type qui expliquait qu'il avait eu le même problème que moi : ça clignotait de la même manière, sur le même écran. Il avait réussi, avec un bricolage tout à fait improbable, à base de papier d'alu sur le connecteur électronique qu'il branchait à l'alimentation [externe] du moniteur. Il avait résolu le problème en court-circuitant deux broches avec un petit morceau de papier d'alu ! Et il filmait tout ça. Je me disais “mais c'est quand même formidable !”.

Mais seulement, qui va trouver cette information, à part moi, dans le fin fond d'une vidéo YouTube ? Évidemment, c'est une vidéo, donc c'est particulièrement mal indexé, cette information. Mais j'avais entendu parler d'un site qui s'appelle iFixit.com. J'ai repris cette astuce, j'ai mis un lien vers la vidéo. J’ai créé une fiche qui indiquait le type de moniteur, le type de problème, le type de solution, avec un lien vers la vidéo YouTube. Et ça fait peut-être 10 ans que j'écris ce truc-là… eh bien, j'ai régulièrement des messages de iFixit qui disent “c'est génial, vous avez aidé 272 personnes ce mois-ci” ! Avec des commentaires du type “ça m'a sauvé mon moniteur” etc… Alors, ce moniteur, il commence à être très, très vieux et je pense que les gens n'en ont plus trop l'usage. Il y en a de moins en moins. Mais j’ai quand même permis à de nombreux moniteurs de continuer leur vie.Pour ça, finalement, il faut deux choses : de la doc et il faut du matériel.

Alors, bon, des petits morceaux de papier d'alu, ce n'est pas très difficile à trouver. Vous en avez probablement tous dans votre cuisine. Mais de la doc (c'est-à-dire ce qui va permettre de savoir quelle broche il faut court-circuiter quand c'est tel type de clignotement etc…),. si vous n'avez pas l'info, vous ne pouvez absolument rien faire à part en racheter un nouveau. Et c'est con ! Parce que si je fais durer ce moniteur, je réduis l'empreinte environnementale qui est liée à la fabrication de ce matériel.

Donc oui, c'est bizarre, mais j'ai une vraie fierté d'avoir fait ça, d'avoir sauvé mon moniteur et d'avoir permis à, je l'espère, de nombreuses personnes, de sauver leur moniteur. Juste parce que j'ai contribué au partage de cette information. Et c'est peut-être un exemple qui prouve que, le web, ça nous permet de partager facilement, à moindre coût, sans avoir de compétences très compliquées, des choses qui vont nous permettre de réparer d'autres choses.


Marguerite Grandjean : . Moi, ce que tu dis, ça me fait penser au fait tout bête que le premier commun, c'est Internet. Où est-ce qu'on trouve des tutos de réparation ? C'est sur Internet. c'est sur Youtube, sur Reddit. Moi, j'ai un mari geek, il passe sa vie sur Reddit, il trouve tout dessus ! Quand j'étais plus jeune, je ne sais pas pour vous, mais, je n'allais pas sur Facebook, ça n'existait pas. Je n'allais pas sur Reddit. J'allais sur des vieux forums. C'était complètement ouvert, ce n'était pas comme les plateformes qui demandent obligatoirement de créer un compte. Aujourd’hui les plateformes sont accessibles et continuent d’être un endroit de publication de ressources et de partage de l’info, mais sous réserve d’inscription. On voit bien qu’avec cette étape d’inscription, il y a un phénomène de réappropriation de quelque chose qui était à la base un commun.

Là, on a parlé de communs numériques avec le prisme de la documentation, pour aider à réparer. Si on va un peu plus loin, il y a aussi tout le mouvement de l’autoconstruction, le mouvement des makers par exemple. Moi, je travaille dans le secteur des transports, pour la fabrique des mobilités. Pour vous donner un exemple, il existe une filière qui est en train de se construire autour des “Vélis” (c'est tout ce qui est entre le vélo et la voiture.). Actuellement, les voitures ont explosé leur poids et leur taille. Parce que c'est le business model des constructeurs automobiles : ils poussent de plus en plus vers des voitures de luxe. Résultat, ça encombre nos voies publiques, ça fait plus de pollution, non seulement à l'émission, mais aussi à la construction. Face à ce constat, on se dit qu'il faudrait avoir de plus petits véhicules. Sauf qu’aujourd’hui, pour un constructeur automobile, construire de petits véhicules, c'est pas rentable ! D’où l’idée d’une nouvelle filière, à l’initiative de l’ADEME (une agence d'État), qui intègre notamment la puissance publique, pour lancer des véhicules qui font moins de 600kg, entre le vélo et la voiture. Il faut savoir qu’aujourd’hui, les Vélis, c’est quelques gros constructeurs (par exemple Citroën avec l’Ami) mais aussi beaucoup beaucoup de petits ! Il a plein de makers, au fin fond de leur village, qui créent des petits véhicules. Beaucoup d’entre eux se sont fédérés derrière l’initiative Extrême Défi. Et parmi eux, il y en a un qui nous intéresse particulièrement, qui est vraiment et totalement open source : VHELIO. Deux modes sont possibles : si vous voulez fabriquer votre propre Véli, vous pouvez. Vous avez tous les plans open source, vous avez des tutos avec et j'imagine que si vous les appelez, ils vous répondront volontiers, puisque voilà, c'est leur truc… Ils sont sympas ! Ce qui est intéressant c’est qu’ils proposent d’aller même au-delà de la réparation, en proposant l’autoconstruction. Et puis, si vous ne voulez pas (parce que tout le monde n'est pas maker), vous pouvez aussi leur acheter le Véli déjà construit. C'est comme ça que leur business model fonctionne.


Tristan Nitot : mais quand tu l'achètes, il arrive en kit comme Ikea ou déjà fabriqué ?

Marguerite Grandjean : Non, c'est fabriqué ! Mais si tu veux, ils mettent aussi à disposition des ateliers où tu peux aller fabriquer ton Véli. Parce qu’effectivement les plans en open source, c'est super, mais moi, comme tu disais, je n'ai pas le matériel. J'ai besoin de gens qui puissent m'aider à manipuler les outils par exemple. Ce n'est pas si évident que ça, en fait. Ensuite, si on s’intéresse à une échelle plus industrielle et toujours sur cette même filière des vélis, il y a toute une logique de commun que l’on retrouve que la question des pièces détachées et de leur mutualisation. Si le Véli est conçu pour être réparable, c'est super parce qu’ils se sont organisés dès le départ pour avoir des composantes similaires. Je peux donc y avoir accès plus facilement.


Camille Bardou : on l'entend énormément au travers de ce vous venez de nous partager : La communauté, elle a une place cœur, une place de choix. Que ce soit pour rendre visible et accessible de l’information, ou alors pour s'organiser et créer des nouveaux modes de vivre ensemble, de se déplacer. C’est bien parce que c'est raccord avec notre second intuition qui était de se dire que les communautés de communs, elles participent à prendre soin et à protéger des ressources.
Ça soulève quand même des questions assez fondamentales : Quelles sont selon vous les conditions nécessaires pour que ces communautés réussissent dans le temps et qu'elles aient toujours à cœur de prendre soin, de s’investir pour ces ces ressources ? Est-ce que vous avez des idées de facteurs qui assurent le succès ou au contraire d'écueils qui ont pu conduire des initiatives de communs au flop ?


Tristan Nitot : Je pense que pour qu'une communauté fonctionne, il faut déjà un narratif. Quelqu'un qui est capable de raconter l'histoire. Quelqu’un qui puisse dire “ça va être génial, on va y arriver”. . Il faut quelque chose qui pousse les gens à aller vers cette vision commune. Alors, peut-être que j'anticipe déjà sur ta troisième question, mais peut-être que sauver la planète, c'est un recours, je ne sais pas.


Marguerite Grandjean : Pour compléter, je recommande à ce sujet-là un podcast qui vient de sortir sur l'histoire de Framasoft. Je ne sais pas si vous voyez ce que c'est : Framasoft essaye de proposer des alternatives aux logiciels Google, aux applis Google. En fait, ils expliquent qu'à un moment, ils ont rencontré des difficultés de financement importantes et ce qui leur a permis de trouver suffisamment de dons de particuliers, c’est le narratif : ils ont eu l'idée de dire “dégooglisons internet”. Le podcast raconte le moment où ils se sont dit qu’ils allaient raconter cette histoire. Et ça n’a pas du tout été évident ! Ils racontent par exemple que la communauté des libristes n'était pas du tout d'accord avec leur positionnement !

Ce que je voulais ajouter pour ma part : à la fabrique des mobilités, l'un de nos axes de travail, c'est de soutenir des communs numériques dans la mobilité, numériques ou pas, mais surtout numériques. On a fait un gros travail pour aller observer des communs sur le terrain qui fonctionnent et essayer d'en dégager, peut-être pas des leçons parce que bon, chaque commun est vraiment unique, mais en tout cas, quelques grands principes sur divers aspects, notamment le fonctionnement de la communauté. Parce que ça, c'est un truc qui revient tout le temps. Dès qu'on a un créateur de commun ou quelqu'un qui participe à un commun, on nous demande “comment je fais pour avoir une communauté qui fonctionne”. Il y a plein de choses (je vous recommande d'aller sur notre wiki pour aller trouver nos écrits là-dessus), mais ce qui ressort en premier, c'est qu'une communauté, ça ne s'anime pas tout seul. En fait, ça demande des moyens. Tous ceux qui font des logiciels open-source le savent : Si vous n'avez pas de communauté associée, ça périclite. Il y a plein de petits logiciels open-source super cool avec leurs codes ouverts que personne n'utilise puisqu'il n'y a pas de communauté derrière.
Si je prends l'exemple par exemple d'OpenTripPlanner qui est un calculateur d'itinéraire pour vos applis : il est utilisé par des millions d'utilisateurs aujourd'hui. Ils ont une centaine en gros d'utilisateurs actifs, une centaine de membres actifs dont 20 vraiment très actifs. Et eux, ils viennent de prendre la décision de recruter un community manager dans leur maigre budget parce qu'ils ont reconnu l'intérêt. Pourtant ils n’ont pas besoin de plus d’utilisateurs, de plus de contributeurs forcément. Mais ils ont décidé de rémunérer un.e animateur.ice de communauté parce que non, ça ne se fait pas tout seul. Il faut répondre aux questions, maintenir l’intérêt de contribuer au commun, relancer une dynamique… Parce qu'il peut y avoir 20 membres très actifs mais demain, s’il y en a un qui s'en va…Vu qu'on est sur l'engagement volontaire, c'est assez difficile à maintenir. Et ça demande un budget aussi, ne l’oublions pas.

Une autre chose qu'on avait observée, c'est le besoin et l'urgence de communication. Ce n'est pas forcément quelque chose qui est évident ou intuitif pour l’écosystème des communs, développeurs, makers. Cela passe par des choses basiques : créer des tutos, faire un site web qui soit assez simple, de dire assez simplement de quoi on a besoin, de calibrer le besoin de contribution et de dire on a besoin de vous pour telle ou telle chose. Si on prend l’exemple de Wikipedia : vous pouvez être contributeur au contenu de Wikipédia, mais vous pouvez aussi vous payer, donner à Wikipédia. Il y a différentes manières de contribuer. Et tout ça, ça passe aussi par une communication claire et réfléchie.


Tristan Nitot : J’ai une anecdote à ce sujet. Au tout début de la période difficile de Mozilla en 2003, je me suis retrouvé à faire ce genre de choses, à faire animateur de communauté. Objectivement, je suis ingénieur avec un profil de développeur, mais je suis un très mauvais développeur. On peut aussi me dire “mais tu as été président, tu as géré une organisation” oui mais je ne suis même pas un bon gestionnaire, je suis nul en paperasse, je fais de la phobie administrative, je suis nul en tout ! Par contre, je sais raconter des histoires. Et j’ai raconté cette histoire de David contre Goliath. Je l'ai racontée à des centaines de journalistes. Je leur disais “c'est une bande de bénévoles qui va aller botter les fesses de Microsoft en faisant un navigateur alternatif.” Et les gens, ils adoraient ça ! C’est comme ça que j’ai aidé à gérer la communauté. Évidemment, je n'étais pas le seul, j'avais des tas de gens super bons avec moi qui écoutaient les gens, qui parlaient à tout le monde et qui essayaient de fédérer la communauté.
Mais créer ce narratif, [...] c'est ça qui nous a permis de décoller.


Marguerite Grandjean : Je voulais aborder un dernier point là-dessus, qui est assez fondamental. Ill n'y aura pas de communauté si les membres n'ont pas d'intérêt direct à participer au commun. Et l'intérêt, ça peut être simplement retrouver les copains, se retrouver autour d'un moment convivial, ça peut être philosophique aussi. Par exemple : je suis un développeur, je suis très bien payée par ailleurs, mais j'ai besoin de contribuer à quelque chose qui a plus de sens à côté. Ou ça peut être économique : j'ai un besoin typiquement industriel et j'ai un intérêt économique à contribuer. Mais en tout cas, cet intérêt-là, il faut qu'il soit réel.
Parfois vous avez juste, (nous on le voit souvent dans les transports), quelqu'un qui va proposer une appli qui est chouette, mais en fait, le besoin n'a pas été démontré. Donc s'il n'y a pas d'utilisateurs qui en ont vraiment besoin, alors encore moins de contributeurs. [...] C'est vraiment un truc que je rappelle souvent parce qu'on peut l'oublier :, il faut que ça serve à quelque chose.


Tristan Nitot : On avait un problème chez Mozilla, c'est que mes collègues américains géraient le code source, c'est-à-dire vraiment ce qui a de la valeur dans la construction du logiciel [...]. Et quand ils sortaient une version de Firefox en anglais, pour eux, le travail était terminé ! Mais nous, français ou européens, on voyait arriver une version en anglais… C'est gentil, mais enfin, il y a plein de gens qui n'ont pas envie de s'en servir, ils ont besoin d'un logiciel en français parce que si c'est un logiciel dans une langue étrangère, forcément ça réduit l'audience, ça crée de la friction, ça ne va pas.
Les Américains, qui n'ont pas du tout à l'esprit cette problématique-là, nous disaient “démerdez-vous”. C'était un problème qui nous retombait dessus, européens. Puis finalement il s’est avéré que ce n’était pas un problème, c'était une solution. On allait voir les gens dans les communautés locales, par exemple, on allait voir les catalans, et on leur disait “bon, il n'y a pas de version de Firefox en catalan, c'est un peu chiant. La bonne nouvelle, c'est qu'il n'y a pas non plus de version en espagnol (vous savez, il y a plusieurs langues en espagnol, et ils tirent un peu la bourre). Et donc, ça serait bien que la version en catalan, je ne sais pas, puisse sortir avant l'espagnol ?” Alors là ! On a vu les catalans à fond, qui ont sorti une version AVANT la version en espagnol, juste parce qu' il le fallait, quoi !Ce “problème” a permis à tout le monde de s'éclater, de s'émuler, etc. Les italiens ont brillé pour ne pas être derrière les espagnols, etc ! Ils se rendaient compte qu’ils étaient utiles, et que grâce à eux, il pouvait avoir une version de Firefox dans leur langue, et en être fiers.


Marguerite Grandjean : C'est vrai que la langue, c'est vraiment essentiel… c'est tout bête ! On l'a observé aussi dans les standards industriels autour de l'améliorabilité. Un des facteurs qui fait que vous allez adopter un standard industriel ou pas, c'est vraiment la langue. Donc un Irlandais va avoir plus de chances de faire passer son standard de sa propre entreprise auprès des autres qu'un français, parce qu'on parle l'anglais comme des vaches espagnoles.


Camille Bardou : Pour continuer, est-ce que vous pensez que ces communautés ont aussi un rôle de garde-fous, de préservation des ressources vis-à-vis d'un système économique qui pourrait en capter la valeur ? Là je vais peut-être dire un gros mot, parce que je sais que ça divise au sein des commoners et des libristes : est-ce qu'il faut protéger les communs ? Est-ce que finalement l'ouverture à tout prix est toujours une bonne idée ? Je pense notamment aux équipes de CoopCycle et à leurs licences collectives de coopératives qui ont décidé d’ouvrir certaines ressources uniquement aux coopératives et qui ont créé une licence qui s'appelle Copyleft leur permettant de protéger la ressource. Qu'est-ce que vous en pensez de ça ?


Tristan Nitot : Juste pour peut-être donner un petit peu de contexte à l'audience : c'est des gens qui font un logiciel pour, je crois, gérer des coopératives de livraison à vélo, mais qui ont très peur en fait de se faire bouffer par des équivalents de Uber ou de Uber Eats, enfin ce genre de trucs, donc des sociétés ultra-capitalistes, et ils voudraient quand même pas bosser gratos pour Uber, en substance, vous voyez, je ne peux pas leur jeter la pierre.
J'avoue que si j'avais été à prendre la décision chez CoopCycle, je ne sais pas ce que j'aurais fait, donc je sors mon joker, je n'en sais rien.


Marguerite Grandjean : C'est clairement une question qu'on se pose beaucoup. Moi, ma conclusion, c'est que ça dépend vraiment de chaque commun. C'est-à-dire qu'en fait, il ne faut pas arriver avec nos gros sabots et se dire que c'est l'un ou l'autre. Je pense qu'il n'y a vraiment pas de solution qui convienne à tout le monde. Parce que derrière, la question qui se pose c'est à la fois l'appropriation et le modèle économique souvent. Par exemple, chez Mobicoop ils se posent cette question. Eux ils font du covoiturage. Ils ont mis leur code en open source. Or ils se rendent bien compte qu'il y a des concurrents qui utilisent à minima des bouts de code. Est-ce qu’ils ont fait les bons choix ? On peut aussi se dire que ce n’est pas parce que vous avez un code qui est open source ou pas que vous allez exécuter de la bonne manière. Vous pouvez tout à fait être un leader sur votre marché même avec du code open source. Mobicoop pourrait tout à fait être bien plus efficace que Blablacar (je caricature) et se prémunir de ces dangers-là.
Ça c'est un exemple. Moi je fais partie de celles et ceux qui considèrent qu'on peut refermer à un certain moment si on considère qu'il y a un danger pour cette organisation-là à un moment donné. Ça dépend de chaque contexte.Peut-être que CoopCycle a vu un danger trop important. Il y a aussi la question de ce qu'on ouvre et ce qu'on ferme. Par exemple, nous, la fabrique des mobilités, on vient d'être reconnus d'intérêt général. Pour nous, c'est énorme, parce que c’est un levier de financement important, parce que vous savez, ça va permettre aux donateurs d'intérêts privés de défiscaliser leurs dons. Maintenant, c'est uniquement conditionné au fait que tout ce qu'on publie soit en accès libre. ça, c'est dans nos statuts, on s’est construits là-dessus. ça ne va pas disparaître. On va toujours garder notre accès libre. Par contre, ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas fermer l'accès aux docs de travail, par exemple. On va faire payer très cher les entreprises qui ont beaucoup d'argent pour venir avec nous, parce qu’ils ont un avantage à discuter. Et tout ce qui va sortir de ces discussions-là va être ouvert.


il y a aussi la possibilité de jouer sur les différents degrés d'ouverture des communs. Typiquement, l'exemple que je vous donnais tout à l'heure, la filière de petits véhicules, eux, ils n'ont pas tout ouvert. Il y en a un seul de ces véhicules qui est open source. Par contre, ils partagent des retours d’expériences, ce qui est déjà une forme de commun. Ils ouvrent une partie de la documentation, mais pas tout, parce que c'est une filière en création et qu’ils ont besoin de s'assurer qu'ils vont avoir un business demain. Et finalement certains disent que ce n'est pas des communs. On regrette effectivement qu'il n'y ait qu'un seul véhicule qui soit open source mais d’'un autre côté, pour que la filière éclose, on a besoin aussi de garantir des modèles économiques. Donc je pense qu'il faut être assez fin sur ces questions-là et pas être radical.


Camille Bardou : Merci à tous les deux. On arrive à l'intuition numéro 3 et ce n'est pas rien, on en a déjà un petit peu parlé. On se dit que les communs permettent de sortir des logiques concurrentielles mortifères et de dessiner un monde de coopération, plus à même de répondre aux grands défis, notamment climatiques. Tristan, toi qui es directeur commun numérique et anthropocène, tu t’es investi dans la lutte contre le dérèglement climatique, tu as lancé le podcast L'Octet Vert, qui explore justement la relation entre le climat et le numérique. C'est quoi, toi, ton intuition sur le rôle que les communs ont à jouer, ou jouent peut-être déjà, dans la lutte contre le dérèglement climatique ?


Tristan Nitot : Peut-être qu'une réponse à cette question, c'est qu'ils permettent d'imaginer une façon différente de produire de la valeur. Et alors par valeur, je ne veux pas dire de la valeur forcément financière, mais de la valeur peut-être d'usage. Moi, j'ai envie de vous parler d'une perceuse, parce que… pourquoi pas ! Vous savez, on se rend compte que les gens achètent des perceuses pour percer des trous. Mais ce n'est pas des perceuses qu'ils veulent, c'est des trous. Sauf qu'il faut acheter une perceuse pour faire un trou…Bon ! Donc, en fait, le business model aujourd'hui de Bosch, et donc de Leroy Merlin, Bricorama, etc… c'est de vendre à chaque père de famille qui s'estime bricoleur sa perceuse, pour percer une trentaine de trous dans sa vie de perceuse. Eh bien, ça fait beaucoup de matériel, de fabrication, etc., par trou, finalement. Ça, c'est le business model classique, linéaire. On vend à chacun sa perceuse, il s'en sert, il fait 20 à 30 trous, et puis après, peut-être dix ans plus tard, la perceuse est remplacée par une nouvelle perceuse de meilleure qualité ou plus moderne. Et même si j'en ai encore jamais vu mais je peux vous assurer que ça va venir, celle d'après, il n'y aura que l'IA dedans. Je ne l’espère pas, mais c'est probable !
C'est ça le modèle actuel, alors qu’on pourrait tout à fait imaginer quelque chose de différent. On pourrait imaginer une perceuse par immeuble, par village, ou par quartier, ou enfin, je ne sais pas, une zone qui ait du sens. Par contre, ça serait une perceuse qui ferait 3 000 trous dans sa vie. Déjà, c'est beaucoup dans la carrière d'une perceuse, 3 000 trous ! Ça veut dire aussi que cette perceuse, il faudrait probablement imaginer qu'elle soit réparable, parce qu'il ne faudrait pas la changer une fois qu'elle est fatiguée. Parce qu'évidemment, quand on fait des perceuses qui sont dimensionnées pour faire 20 à 30 trous, on met des pièces en plastique qui vont tenir 40 trous. Si vous prenez cette même perceuse et vous lui demandez de faire 3 000 trous, vous allez probablement avoir des emmerdes, parce qu'il y a des pièces qui ne sont pas prévues pour ça. Il faut donc une perceuse un peu plus solide, un petit peu plus chère, qui va utiliser peut-être un petit peu plus de matière, un petit peu plus d'énergie. Un petit peu ! c'est toujours une perceuse. Mais elle sera plus solide, elle sera réparable, et elle pourra servir à faire 100 fois ou 1 000 fois plus de trous que ce pour quoi est faite une perceuse pour un individu. Et on peut dire que cette perceuse est un commun. Et à ce moment-là, on va décider de comment est-ce qu'on alloue la perceuse, etc. Et au final, on n'aura fabriqué qu'une perceuse au lieu de fabriquer 3 000 perceuses ! On aura donc économisé énormément de ressources. Voilà en quoi peut-être les communs, avec cet exemple qui est plus une parabole, c'est une solution.


Marguerite Grandjean : Oui, tout à fait. Moi je suis de plus en plus convaincue par l’idée que les communs, c'est tous les jours. C'est-à-dire que, en fait, c'est humain de faire des communs, on en a partout. Dans votre immeuble [...] il y a des parties communes. Mais en fait, c'est déjà un commun ! Une copropriété, c'est un commun. En fait, tout ce qu'on fait en tant qu'humain, ça se fait très souvent en commun.


Tristan Nitot : Moi, j'interromps. J'aimerais juste dire que la participation à un commun n'est pas forcément aussi chiante qu'une réunion de copropriété...Voilà, je voulais fermer cette parenthèse.


Marguerite Grandjean : J'emménage dans un immeuble où la copropriété est très sympa. Ils sont très, très sympas.


Tristan Nitot : Non, mais vous ne faites pas que des réunions de copropriétés. J'imagine que vous faites des apéros, des trucs…Vous faites communauté, pas juste des réunions de copropriétaires.


Marguerite Grandjean : Voilà, en effet, tout ce qu'on a dit avant s'applique : le besoin de convivialité, de communication etc. Mais ce qui est frappant, c'est qu'il y a une vraie logique de faire communauté au sein de cette copro. Alors, la copro où j'habitais avant, ce n'était pas du tout le cas. Déjà, si on se disait tous qu'à l'échelle de notre copro, on pouvait faire commun, ce serait déjà bien.
Je pense aussi à ce qui m'est arrivé en venant ici, en fait, dans le TGV, où j'arrive. J’étais dans un carré de 4 places. Alors, vous savez, quand on arrive dans un carré, on n'est pas hyper content. Parce que vraiment… on a envie d'être seul, de travailler. Là, j'arrive, on a passé tout le trajet à discuter à 4. C'était génial. Il y avait un militaire à côté de moi, qui était un sniper, qui racontait qu'il allait prendre sa retraite à 35 ans. J'ai jamais rencontré de sniper de ma vie. Il y avait un jeune homme en face de moi, de 23 ans, ingénieur, qui racontait des choses. On a parlé d'investissement. Et la 4e personne, une dame, était en fait une haute fonctionnaire, directrice de l'aménagement et du logement en Martinique. Ça, c'était mes compagnons de voyage pendant l'heure que j'ai passé dans le train. Ça, c'est faire commun. C'est tous les jours. C'est se dire, je peux contribuer à mon échelle.

Cela dit, pour compléter, je pense que pour que les communs perdurent, il est nécessaire d'avoir un engagement politique. La conclusion qu'on a eu au bout de 10 ans de Fabrique des Mobilités, c'est vraiment ça. Et dans cet engagement, il y a quoi ? Il y a du financement. Parce qu'en fait, un commun, c'est très précaire. C'est pour ça qu'il y a toutes ces questions d'ouverture-fermeture. C'est précaire. En plus, ça met beaucoup de temps à se monter. Pendant les 5, peut-être 10 premières années, c'est vraiment fragile. Il faut qu'il y ait des financements publics qui viennent les soutenir. Car actuellement, tous les communs sont menacés parce qu’il y a une vraie réduction des financements. Il y a besoin également de réglementation. Je pense par exemple aux décharges horaires. Ca existe au sein de l'éducation nationale. Les professeurs ont une décharge horaire pour pouvoir faire un certain nombre d'activités d'intérêt général. On pourrait imaginer ça pour contribuer aux communs.

Tristan Nitot : Une décharge horaire, c'est le fait que ton employeur te donne des heures pour contribuer à un commun ou à un projet d’intérêt général.

Marguerite Grandjean : C'est comme les 20% de Google...

Tristan Nitot : Qui n'existe plus !

Marguerite Grandjean : Ils l’ont coupé.
Ça peut être aussi, on en parlait juste avant, le fait de mettre dans les cahiers des charges de collectivité que tout code soit open source. Ça peut être ça. Et ça peut être aussi de l'acculturation. Dans nos écoles, je ne sais pas si on sensibilise aux communs. Je sais que dans certaines écoles, en tout cas de zones difficiles, il y a ce qu'on appelle des classes coopératives. On leur apprend à travailler ensemble, à faire ensemble. Je pense que c'est un très bon début de sensibilisation aux communs. Actuellement, je n'en vois pas beaucoup dans nos classes classiques.


Tristan Nitot : Moi, j'aimerais bien rebondir sur l'aspect politique. Effectivement, c'est deux versions, deux visions du monde qui s'affrontent. Est-ce qu'on veut faire des choses en commun ou bien est-ce qu'on prône l'individualisme ? Est-ce qu'on veut mettre des outils en commun ou bien c'est “chacun sa perceuse” ? Est-ce que c'est créer une communauté qui sera plus résiliente parce qu'il y a de l'entraide ? Le monde est de plus en plus incertain, malheureusement, je sais bien, je travaille sur le changement climatique et les limites planétaires. Je peux vous assurer que l'avenir n'est quand même pas super cool.
C'est quand même beaucoup mieux d'avoir des gens qui s'entraident, qui se connaissent et qui ont envie de faire des choses ensemble et de partager des ressources. Et donc, prendre soin de ses ressources et de prendre soin des uns des autres plutôt que d'être chacun chez soi barricadé. Donc déjà, la vision du monde qui accompagne les communs, à mon avis, elle apporte beaucoup plus de résilience. C'est quelque chose à garder à l'esprit.

Camille Bardou : Il est temps de prendre des questions dans l'auditoire. Mais avant ça, je voulais vous remercier mille fois tous les deux.






Question du public


Auditoire : C'est une question qui est peut-être très, très bête. Mais je pense que ça nous a toutes et tous arrivé de nous balader en forêt et de revoir qu'au bord d'une petite rivière, il y avait des cochonneries qui avaient été laissées par ceux qui étaient là avant pour leur pique-nique. Les forêts, ces espaces sympathiques où on aime se balader le week-end sont des communs. Comment on fait, quand des gens ne respectent pas les communs dont on essaie de prendre soin communément ?
Je rebondis sur ce que vous disiez Marguerite, sur le fait qu'on n'enseigne pas forcément les communs à l'école, peut-être que ces comportements s’expliquent aussi par le fait qu'on ne se rend pas toujours compte qu'on fait un commun.


Marguerite Grandjean : Oui, ta question est très classique. C’est la question des passagers clandestins des communs, question qui a même fait l'objet d'un article il y a très longtemps qui s'appelle « La tragédie des communs ». Il y avait une démonstration économique qui était fallacieuse (ça a été démontré après) mais qui montrait que si tu laissais ton lac de poissons ouvert à tous, évidemment, au bout d’un certain temps, il n'y avait plus de poissons ! Il y aura forcément quelqu'un qui va venir accaparer cette ressource.
Mais ce que montre Elinor Ostrom, (prix Nobel dont on parlait), c'est que justement, il faut une gouvernance du commun, des règles qui vont venir empêcher les passagers clandestins de faire ce type de choses. Ce qu'elle a montré, elle, c'est que les communs ont toujours existé et ils fonctionnent parce qu’il y a des règles. Ce n'est pas “juste” ouvrir le code. Il faut des règles pour garantir la survie de cette ressource, de cette organisation. Après, qu’on se le dise, les passagers clandestins, ils existent. Il y a toujours des gens qui vont en profiter. C'est comme dans la copropriété, il y a des gens, on ne les voit jamais, ils ne vont pas contribuer, c’est comme ça. Il y a des gens qui viennent dans les apéros et n’apportent rien. Le collectif prend la charge de ces gens-là aussi, ça fait partie du jeu…

Tristan Nitot : Traduction, les cons et les fumiers, ça existe partout. Donc il faut essayer de vivre avec et de gérer ces choses-là.


Auditoire : Comment éviter, dans la gestion des communs, de répercuter les rapports de domination qui existent dans le reste de la société ? Parce qu'on imagine que pour qu'un commun soit résilient, il faut éviter les rapports sexistes, les rapports de domination de classe, etc. Est-ce que c'est un enjeu de nature vitale pour que le commun soit durable ? Et comment adresser ces questions ?


Marguerite Grandjean : Oui, tu as tout à fait raison. Ça fait longtemps que je travaille dans l'ESS. Il y a des endroits où c'est bien pire que dans d'autres endroits du CAC 40 où j'ai aussi travaillé ! Pour moi, on tombe sur des enjeux qui ne sont plus tellement de l'ordre de la gouvernance mais plutôt du ressort de la psychologique. C'est-à-dire qu’il faut travailler sur soi et ses propres représentations. Il peut y avoir des gardes-fous de gouvernance, mais par rapport à mon expérience, le rapport au pouvoir reste personnel. Oui, tu peux avoir des structures de gouvernance qui vont limiter les dégâts, mais pour aller vraiment vers des choses qui sont profondément régénératives pour tout le monde, ça passe par des vraies prises de conscience individuelles et collectives, d'ailleurs.
Moi, je suis une fan de psychologie, et je pense qu'on ne peut pas trop se couper du travail sur soi. C'est ma conclusion personnelle.


Tristan Nitot : Je peux témoigner qu'effectivement, il y a un problème qui peut être lié au narratif dont je disais tant de bien au début. Ce narratif est attirant, mais peut avoir un aspect pervers. Parce qu’on a le sentiment de travailler pour une grande cause, on est prêt à souffrir plus que dans une boîte normale. C'est super important de faire attention à ce que, justement, l'attrait du narratif ne permette pas d'instaurer une culture qui est plus toxique qu'ailleurs. C’est plus une mise en garde qu'autre chose.

Auditoire : Ma question s’inscrit dans la continuité des questions précédentes je pense. Avec l'IA, il est beaucoup plus facile d'échanger avec les prompts et de rester tout seul. J'ai vu passer des articles qui posaient la question de comment continuer à avoir des relations entre collègues alors que techniquement, ce n'est plus la peine. J'ai l'impression qu'il y a une compétence qui est en train de nous échapper. C'est une compétence de lien social, de savoir être ensemble. Et quelque part, pour partager la perceuse, il faut avoir cette compétence. Est-ce qu'il y a des méthodes, des référentiels, des éléments là-dessus ?


Tristan Nitot : Il faudrait demander à ''ChatGpt''. Non, je rigole !


Marguerite Grandjean : Pour moi, ça rejoint ce que je disais tout à l'heure : ça commence par le quotidien. C’est “tous les jours”. La seule manière de combattre ce que vous dites (et qui est tout à fait vrai), c'est de le faire tout le temps et de maintenir ce lien, de discuter avec la boulangère. Montrer ça à nos enfants, montrer ça aux voisins. C'est comme ça que se crée et se maintient le lien social. Après, il y a aussi des dynamiques de commun qui existent. Par exemple, quand on a été menacé du passage du RN à notre gouvernement, il y avait deux semaines entre les deux élections qu'on a eu très peur. A ce moment-là, Simon Sarazin par exemple, qui tient un tiers-lieu dans le nord de la France, animait des sessions de partage sur la politique. C'était apolitique, ce n'était pas partisan. On ne disait pas pour qui aller voter. Le but, c’était de ramener les gens au milieu du village, sur la place du village, dans l'agora. Donc je pense effectivement que c'est une compétence qui se perd, mais qu'il y a quand même des endroits où ça existe, où ça persiste. Je suis assez convaincue que, si on le fait tous petit à petit, ça revient quand même. Ça fait boule de neige. Ça montre à la personne d'à côté qu'on peut quand même discuter. Il ne faut pas perdre espoir.


Tristan Nitot : Je suis d'accord qu'il y a une certaine tendance à l'individualisme, dans les loisirs, ou dans le travail. Mais moi, je pense qu'il faut plus de liens. C'est des choses à pratiquer dès que l'occasion se présente. Parce qu'encore une fois, dans un monde compliqué, on va avoir besoin de résilience et on va avoir besoin de ces liens.


Marguerite Grandjean : C'est ça. C'est une question de posture, je pense. C'est plus que de la méthode ou un référentiel. C'est une posture d'ouverture à l'autre qui se retrouve énormément dans les communs, qui, je pense, peut faire boule de neige dans le reste de la société. Plus on a d'initiatives comme ça, [...] plus on aura de liens sociaux. [...] Je pense par exemple à un projet, un commun numérique qui organise les trajets pour emmener les enfants de manière distribuée. Il y a des parents qui vont un jour emmener des enfants à pied, le lendemain c'est d'autres parents, etc. Il y avait une dame retraitée qui était très malheureuse parce qu'elle avait perdu son mari. Très aigrie, très désagréable. Les parents se sont rendu compte qu'elle aimait bien les enfants et ont pensé à l’intégrer au projet. Ça a été compliqué, parce qu'elle n'avait pas accès au numérique, elle ne comprenait pas du tout comment contribuer… Donc ils ont pensé à un nouveau fonctionnement pour qu’elle puisse renseigner ses horaires directement par texto. Aujourd'hui peut emmener les enfants à l'école. C'est une histoire un peu basique dans la communauté où je travaille, mais c'est une manière de remettre du social au cœur, en permanence. C'est vraiment une posture.


Tristan Nitot : En plus, c'est un double effet. Quand tu commences à faire des applis comme ça, qui fonctionnent en texto, tu n'exiges plus l'utilisation d'un smartphone par les personnes, et donc tu as un moindre impact environnemental. Donc vive la low tech qui permet l'inclusion !


Auditoire : Bonjour [...] j'habite dans un immeuble en autopromotion, autogéré, et forcément, dans la phase de construction, il y a des habitants qui, par leur profession, étaient plus à même d'apporter des compétences techniques. Et puis, il ne faut pas se leurrer : il y a aussi beaucoup de biais de genre. Même si je suis scientifique, quand je prends la parole, ça n'a pas la même valeur que mes voisins ingénieurs. Par ailleurs, je travaille dans une association. On crée aussi beaucoup de communs. Pour la maintenance de ces communs, il y a une tendance à valoriser les compétences technologiques. Dans la gouvernance, il y a donc un vrai enjeu à ne pas donner plus de poids aux personnes qui ont des compétences technologiques par rapport à d'autres qui auraient des compétences qu'on appelle “soft skills”. Et je trouve que dans les communs, dans la gouvernance des communs, il y a beaucoup de travail sur notre posture en France qui sur-valorise les profils d’expert technologique ou technique.


Tristan Nitot : Je suis assez d'accord. Il faut être conscient de l'existence de ces biais. Ça me fait également penser à cette chose qu'on appelle la méritocratie, où en fait celui qui est méritant, c'est surtout celui qui a du temps et de l'argent pour faire les choses. Ce qui est pire, c'est qu’on camoufle ce biais derrière quelque chose de positif. Mais c'est là que les soft skills, c'est vachement important. Ça sert à détecter ça, ça permet de savoir faire travailler les gens ensemble. Parce qu’une bonne organisation résiliente, c'est pas quelque chose de purement technocratique !


Marguerite Grandjean : Je suis d'accord avec ça aussi, évidemment. Ça me fait penser qu’à un moment, on s'est posé la question au sein de notre association, de créer une formation sur les communs. On est expert des communs, on va créer une formation, puis on va la faire payer ! Puis on s'est dit “mais non, en fait, c'est pas logique”. A la fois parce qu'on ne va pas faire payer une formation sur les communs, ça n'a pas de sens, et en plus, parce que exactement comme vous dites, si on se positionne comme expert des communs, on tue le truc dans l'œuf. Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas de formation sur les communs, mais il ne faut pas qu'elle soit payante. Les gens qui parlent sont des commoners comme d'autres. Ce qui n'empêche pas que puisse avoir une expertise, mais on se place sur un pied d’égalité par rapport à la personne en face.


Camille Bardou: Est-ce qu'on peut se dire finalement que sans vigilance de la communauté, c'est assez facile, même au sein d'un commun, de reproduire des inégalités ?


Tristan Nitot : C'est comme toute organisation, oui, c'est pas différent. Il faut être vigilant parce qu’on veut que ça marche et que les gens trouvent leur compte quand ils participent aux communs. Parce qu’ils ne vont pas participer aux communs s'ils sont aussi maltraités que dans une entreprise ! Dans une entreprise, tu as un salaire, ton patron est un salaud, mais au moins tu touches des sous.


Camille Bardou : Merci beaucoup, merci à tous les deux, et bonne fin de NEC à tous. Merci beaucoup à nos intervenants pour cette plénière, merci pour vos questions.



.
Auteur.ice
  • Nina Danet
Voir la fiche
nec_occ.png
Date  23.09.2025

« Réparer le numérique » : état de l’art et enjeux du reconditionné informatique solidaire

Résumé Le 23 septembre, à l’occasion du NEC Occitanie, Emmaüs Connect, la Banque des Territoires, RhinOcc, Ecologic et la CRESS Occitanie se sont réunis autour d’une table ronde consacrée au réemploi numérique solidaire en France.

Cet échange a permis de dresser un panorama clair des enjeux, des besoins et des perspectives de développement de la filière, alors que la stratégie France Numérique Ensemble (FNE) ambitionne de mettre à disposition 2 millions d’équipements reconditionnés d’ici 2027 pour les publics les plus fragiles.


Billet Ils étaient réunis :

- Camille Bardou - Emmaüs Connect
Cheffe de projet national - LaCollecte.tech

- Nina Danet - Emmaüs Connect
Chargée de mission Communs du réemploi numérique solidaire

- Louis Salgueiro - RhinOcc (Réseau et hub pour l’inclusion numérique en Occitanie)
Chargé de coordination et développement

- Kaelig Guernigou - CRESS Occitanie
Chargée de mission transition écologique - économie circulaire

  • - Thomas Deshoulières - Ecologic
Responsable Régional Sud - Collecte et Réemploi

- Anne Causse - Banque des Territoires
Chargée de mission : Dispositif Conseiller Numérique

Note : Anne Causse et Thomas Deshoulières étaient absents le jour-j, nous partageons les contenus qui avaient été travaillés en amont de cette prise de parole.


Camille Bardou : Merci à toutes et à tous pour votre présence, nous allons commencer les échanges avec une première question pour Anne Causse, chargée de mission, pour la Banque des Territoires. En tant qu’acteur qui soutient les écosystèmes territoriaux sur les thématiques de cohésion sociale, territoriale et transition écologique, quels constats faites-vous aujourd’hui sur les défis du réemploi numérique solidaire en France ? Quels besoins apparaissent clairement dans les territoires au regard de France Numérique Ensemble ?

Anne Causse : Le reconditionnement informatique se situe au croisement d’enjeux sociaux, environnementaux et économiques, et s’inscrit pleinement dans les champs d’action soutenus par la Banque des Territoires, notamment au titre de son partenariat avec l’État et les acteurs de l’inclusion numérique. L’ensemble de ces acteurs sont aujourd’hui mobilisés autour des feuilles de route France Numérique Ensemble (FNE), dont l’un des objectifs majeurs est de rendre accessibles, d’ici 2027, 2 millions d’équipements reconditionnés pour les publics les plus fragiles. Aujourd’hui les difficultés d’accès au matériel informatique restent un frein à l’inclusion numérique pour près de 10% de la population.

Aussi, dans une démarche de commun et au regard de l’objectif FNE, la Banque des Territoires a lancé une étude sur le “reconditionnement au service de l’inclusion numérique dans les territoires”, conçue comme un outil à la disposition de tous les acteurs qui voudraient s’emparer du sujet. Ont été associés à cette étude l’ANCT, l’ADEME, la Direction générale des entreprises, le SIRRMIET, qui rassemble les reconditionneurs, ainsi que les acteurs locaux de l’inclusion numérique. Cette étude a permis à la fois un premier recensement des acteurs du reconditionnement et un partage des besoins et enjeux autour du développement de filières locales de reconditionnement solidaire.

Des premiers éléments quantitatifs ressortent de l’étude, avec notamment 340 acteurs du reconditionnement recensés, tous types confondus. Ce recensement met en évidence une majorité de petites structures associatives (53 %), complétées par des entreprises du secteur marchand. Si ces entreprises réalisent, en volume, l’essentiel du parc reconditionné, les associations « redeviennent » centrales dès lors que l’on comptabilise le matériel redistribué dans des boucles de réemploi solidaire : 70 % du matériel reconditionné par les associations aurait une vocation solidaire, contre moins de 10 % pour les entreprises marchandes.

L’étude permet également l’identification de plusieurs freins : un secteur encore en cours de structuration, avec une filière très fragmentée et des modèles économiques à stabiliser ; des difficultés d’accès aux gisements, notamment à des gisements de qualité ; une productivité plus faible et des coûts de sortie encore élevés dans les associations ; un portage politique et une coordination locale parfois faibles.

Enfin, des pistes d’action se dégagent : faciliter l’accès des reconditionneurs à des gisements de qualité ; soutenir la professionnalisation et la structuration de la filière ; encourager la coordination et le portage politique à l’échelle locale. Sur l’ensemble de ces sujets, la Banque des Territoires peut se mobiliser aux côtés des gouvernances FNE territoriales.

Camille Bardou : En lien avec ceci, Thomas, pouvez-vous nous expliquer, du point de vue d’un éco-organisme, quelles sont les priorités et les leviers pour structurer une filière à la fois performante écologiquement et socialement ? Quelles complémentarités entre enjeux nationaux et dynamiques locales voyez-vous émerger ?

Thomas Deshoulières : La performance écologique d’une filière EEE répond principalement sur la durée de vie des produits. Combien de temps allons-nous arriver à les faire durer ? Comme vous le savez, 80% de l’empreinte écologique d’un équipement IT provient de sa fabrication. Ce produit arrive donc en France avec un sac à dos écologique. Les éco-organismes estiment à 46 millions le nombre de smartphones utilisés et stockés dans des tiroirs en France. Notre objectif est d’en sortir 50% d’ici 2027.

Point de bascule : la loi AGEC, avec la mise en place des fonds réemploi financés par les éco-contributions collectées par les éco-organismes. Fonds réemploi = 100 % pour les ESS.

Fin 2024, avec Rudologia et Ecosystem, nous avons sorti une étude sur le réemploi et la réutilisation. On en a tiré quelques enseignements : environ 10 millions d’EEE sont réemployés tous les ans, dont plusieurs millions d’articles IT. Les pratiques de réemploi-réutilisation sont très diversifiées, avec des modèles économiques variés selon les secteurs et acteurs, et une grande partie se déroule hors du champ d’intervention des éco-organismes.

On observe une forte appétence des consommateurs français pour les achats de seconde main :
  • Il y a des pratiques d’acquisition qui se généralisent, avec 43,7 % des foyers ayant acquis un EEE d’occasion ou reconditionné au cours des 12 derniers mois (enquête Odoxa) ;
  • Les motivations sont avant tout économiques, 56,7 % des acheteurs optent pour de l’occasion ou du reconditionné « car c’est moins cher que le neuf », contre 26,5 % « pour des raisons écologiques » ;
  • Les français de plus en plus nombreux à revendre leurs EEE : 15,7 % des cessions contre 10,2 % en 2020.

L’offre est en développement, mais reste surtout centrée sur les produits « high tech ». Elle s’élargit et se diversifie : en plus des acteurs historiques (ESS, enseignes de vente d’occasion, dépôts-vente) et des places de marché spécialisées, plusieurs distributeurs et fabricants se positionnent sur le marché de la seconde main. L’offre reconditionnée reste néanmoins surtout concentrée sur les produits high-tech (smartphones, informatique, objets connectés, etc.). De nouveaux acteurs et pratiques de reconditionnement émergent sur le GEM, le PEM et les ABJ électriques, avec des modèles encore en recherche d’équilibre financier, tandis que certains modèles historiques restent fragiles.

Les freins au réemploi-réutilisation sont plus ou moins importants selon les secteurs et catégories de produits, mais on retrouve des enjeux récurrents : accès à un gisement de qualité ; logistique (stockage et collecte préservante) ; réparabilité des produits (conception, disponibilité et prix des pièces détachées) ; rentabilité économique des activités de réemploi-réutilisation. Une projection en tonne fait apparaître une stabilité du PAM IT.


Enfin, concernant le réemploi solidaire de smartphones, nous avons mené une expérimentation avec la Ville de Paris (mairie du 19e), Atelier Sans Frontière et Emmaüs Connect. Nous avons fourni des enveloppes à la mairie du 19e, qui les a distribuées dans 34 points de l’arrondissement (mairies, bibliothèques). Les enveloppes, une fois récupérées, ont été envoyées à ASF (94), puis les téléphones reconditionnés ont été distribués par Emmaüs Connect via des maraudes dans le 19e. Résultat : 3 246 téléphones collectés, 18 % de réemploi.
Le projet actuel d’Ecologic est de mettre en lien nos adhérents avec les ESS, via une opération de réemploi en partenariat avec un adhérent. Nous avons plusieurs outils pour le réemploi et le don comme les téléphones solidaires ; et e-reemploi.eco pour les entreprises et administrations souhaitant donner leur matériel IT à des ESS du réemploi.

Camille Bardou : Merci Thomas, dites-moi Louis, comment percevez-vous les besoins et opportunités du territoire pour développer le réemploi solidaire ? Avez-vous des exemples concrets d’initiatives locales inspirantes ?

Louis Salgueiro : RhinOcc agit en Occitanie sur cette problématique depuis 2019, à travers des actions de recensement ou encore d’aide au financement d’initiatives. Récemment, après la période Covid, nous avons exploré les enjeux de la filière solidaire dans le cadre d’un groupe de travail régional piloté par les collectivités du Sicoval, de Montpellier Méditerranée Métropole et par les Conseils départementaux de la Haute-Garonne et de l’Hérault. L’objectif était d’accélérer l’interconnaissance, de faciliter la mise en relation des parties prenantes et de stimuler l’engagement des acteurs.

Cette année, pour aller plus loin, nous appuyons, avec le soutien de la Préfecture de région, les feuilles de route départementales France Numérique Ensemble : en apportant des éclairages stratégiques, sur les différentes manières de faire des boucles locales du reconditionné solidaire. La majorité des stratégies France Numérique Ensemble ont choisi d’intégrer le sujet à l’un de leurs axes, et nous avons étudié différents cas en France, en complément de l’étude de la Banque des Territoires.

Notre appui, à travers nos études, notre participation aux gouvernances locales et notre animation régionale, répond à un réel besoin de connaissances et de partage de pratiques existantes. Malgré la présence de quelques initiatives et de reconditionneurs solidaires d’envergure comme Envoi dans l’agglomération toulousaine, les territoires s’interrogent sur leur modèle lorsqu’aucun acteur compétent et spécialisé dans le reconditionnement n’est présent localement. Ainsi, on voit émerger des initiatives assez protéiformes. Par exemple, la mobilisation des professionnels de l’inclusion numérique : des médiateurs qui, en menant des ateliers de reconditionnement avec les publics, font émerger des pratiques proches des boucles locales du reconditionné, comme dans l’initiative Court-Circlic ou avec Lot Numérique. Il y a aussi des collectivités qui endossent un rôle de coordinateur local, comme le Sicoval, voire de donatrices elles-mêmes.

De manière générale, la maturité du secteur du reconditionné solidaire au service de l’inclusion numérique est au stade de l’étude et de l’expérimentation. Tout reste à faire, mais ce qui est sûr, c’est que le rôle des collectivités territoriales semble être déterminant pour l’émergence d’initiatives solidaires d’ampleur.

Nous-même, nous explorons des pistes complémentaires qui viennent répondre aux enjeux de l’inclusion numérique. Nous avons, par exemple, expérimenté la distribution d’ordinateurs aux associations et à leurs publics, en appui d’une opération de don de la société Enedis dans le cadre de sa stratégie RSE. Nous souhaitons à présent aller plus loin, avec d’autres sociétés donatrices et d’autres territoires en région, pour accélérer l’accès aux équipements des publics précaires et éloignés du numérique, et mobiliser, faire travailler le secteur de l’insertion. Aujourd’hui, notre mission est claire : accélérer l’engagement de toutes les parties prenantes du territoire en faveur de l’inclusion numérique. Pour cela, nous jouons ici un rôle d’appui de premier niveau, nous valorisons les initiatives inspirantes, nous fournissons des éléments et des méthodes de positionnement stratégique aux territoires, nous faisons atterrir des équipements auprès des associations et des collectivités pour l’inclusion numérique. Le tout afin de rassembler les acteurs concernés, de faciliter leur coopération et de mieux les outiller.

C’est pourquoi, au cours des prochains mois, nous allons travailler avec Emmaüs Connect sur notre complémentarité dans nos rôles respectifs, du national au régional, afin que les initiatives locales puissent bénéficier de tout leur savoir-faire et qu’elles puissent aussi inspirer et être soutenues, certes en région, mais pourquoi pas aussi au-delà. Grâce à cet événement, ne serait-ce qu’à l’occasion de son organisation, nous avons également pu identifier d’autres partenaires en région, sur qui l’on pourra vraisemblablement compter pour développer la filière solidaire et nous y contribuerons à notre niveau, c’est sûr, et ils sont tout autour de moi.

Camille Bardou : Merci Louis, je passe maintenant la parole à la CRESS. Kaelig, quelles spécificités de l’ESS dans la région peuvent nourrir ces filières ? Quels freins et leviers identifiez-vous pour mieux coopérer en Occitanie ?

Kaelig Guernigou : Les acteurs de l’ESS sont des acteurs historiques du réemploi et de l’inclusion numérique. Ils ont, dans leur ADN, la coopération et l’innovation pour trouver des solutions répondant aux besoins des territoires. L’ESS repose sur des modèles socioéconomiques particuliers (gouvernance spécifique, lucrativité limitée, utilité sociale) qui permettent de répondre aux enjeux de raréfaction et de répartition des ressources, de justice sociale, de pouvoir d’agir et de démocratie ou citoyenneté.

L’ESS fournit des solutions concrètes sur les territoires en matière d’accès aux droits et d’accès aux matériels informatiques pour toutes et tous. Parmi les acteurs de l’inclusion numérique, on peut citer Coll.In ou encore la recyclerie La Rebooterie. Parmi les acteurs du réemploi solidaire figurent Envoi Insertion et Handicap, Envie ERG, les Communautés Emmaüs, ainsi que les ressourceries et recycleries.

Les freins au développement des filières de réemploi numérique solidaire sont liés à l’instabilité politique et au contexte financier actuel : la réduction des budgets des collectivités entraîne une diminution des financements pour les associations, et l’opacité sur les politiques sociales et environnementales des prochains mois pèse sur les modèles économiques des acteurs de l’ESS.

Plusieurs leviers existent néanmoins. Les réseaux régionaux déjà en place offrent un soutien sur lequel les acteurs du réemploi numérique solidaire peuvent s’appuyer pour coopérer (monter en compétence, partage d’outils et plaidoyer commun) comme RRROCC, La Rosée, la CRESS ou encore La Place (achats publics). Il y a également un outil de référencement des acteurs de l’ESS dans l’économie circulaire, géré par ESS France et la CRESS qui vient d’ajouter une rubrique numérique : Carteco. Celle-ci permet une meilleure visibilité de la part des collectivités et des acteurs du territoire. Nous vous invitons à vous y référencer. Enfin, une Union nationale pour le réemploi solidaire porte le plaidoyer au niveau national, notamment à travers la Semaine du Réemploi Solidaire, du 29 septembre au 5 octobre, une occasion pour les acteurs du réemploi solidaire de référencer un événement et d’ouvrir leurs portes au grand public.

Camille Bardou : Merci à toutes et à tous pour votre participation à cette table ronde sur le réemploi numérique solidaire. Nous vous retrouvons cet après-midi pour les ateliers du Tour de France “Réparer le numérique” !


Quelques exemples inspirants :

  • L’Appel à Commun du Gard Gard Centrale : Le Conseil départemental du Gard s’engage dans les communs !
  • TVDiCi - La boucle de reconditionnement numérique du Sicoval, un bel exemple à suivre …
Voir la fiche
CSV JSON Widget

(>^_^)> Galope sous YesWiki <(^_^<)
Ce wiki est une initiative lancée par Emmaüs Connect, soutenue par l'ADEME dans le cadre de l'Appel à communs et du programme ECONUM : Outiller les acteurs de l’ESS pour essaimer des filières d’excellence du réemploi numérique solidaire.